Requiem pour le rebelle
Je suis dans le néant,
Des vagues de brumes m'ensorcèlent.
De son rire de crécelle,
J'entends le vent
Cambrer sa joie
A l'arrivée des temps nouveaux.
Jouons les rois
Car nombres de badauds
Se rassemblent et s'étripent,
Aux portes des ténèbres,
Ils se pendent et s'aggripent
Aux branches de leurs rêves.
Rien ne stoppera
L'infamie purulente des âges,
Ni les guides, ni les sages,
Rien ne suffira.
La félonie longtemps établie
Sur des songes vaporeux,
S'élève en fantasmes capiteux,
Longeant les prairies,
Se délectant des dilettantes,
Subtilement harcelante,
Elle répand sa vermine liquéfiante.
J'entends maintenant
De leurs trônes célestes,
Rire cyniquement
Les dieux de la peste
Et des âges sombres,
Car la nuit étend ses ombres
Comme la pieuvre ses tentacules
Sur sa proie craintive,
Qui geint et gesticule
Tant que ses moignons vivent.
Elle se soumettra à l'appétit
Du mollusque féroce,
C'est la loi des petits
Que de périr sous la force.
Du sang versé sur les racines
Des plantes et des usines,
Fleurissent des nouveaux mythes,
Glorifiant l'homme-machine
Et les ambiances anthracites.
Réjouissons nous les gars !
Les lendemains sont là,
A nos pieds, on sonne le glas
Des libertés encombrantes,
Sus aux réactions véhémentes,
Aux intelligences chaotiques,
Et vive la pensée unique !
J'entends à présent
Du fin fond de mon néant,
Pleurer à chaudes larmes
Les clowns et les bécasses,
Les esprites rendent leurs armes,
Délestant leurs carapaces,
Acquiesçant fatalement
Que rien ne résiste au temps.
Que reste-t-il aux âmes
Pures et enjouées ?
Que rest-t-il aux hommes
De bonne volonté ?
Seulement l'oubli et l'espoir.
Ce qui n'est plus en mémoire
N'existe plus !
Tout est perdu !
Rattachons nous
A ce qui n'est pas enncore,
Voguons vers le flou
Jusqu'à la mort.
Rien ne sauvera mon âme
Du temps perdu des soulèvements,
Rien ne rallumera la flamme
Sinon l'anéantissement,
Le chaos inexorable et rude,
Fertilisant de ses fientes putrides
Les graines d'un renouveau,
Les terres et les cervaux.
Très haut dans le ciel,
La grisaille abat son voile,
L'hiver étale son gel,
Le diable tisse sa toile.
Je suis dans le néant,
Des vagues de brumes m'ensorcèlent;
J'entends son rire de crécelle.